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Saint-Solen

D’un siècle à l’autre le centenaire de l’église de Saint Solen

Le 2 juin 1985, à l’initiative de M. l’abbé Lucas, recteur, et de M. René Essirard, président du Conseil Paroissial, on fêtait le centenaire de l’église de Saint Solen, consacrée cent ans plus tôt, jour pour jour, soit le 2 juin 1885. Placée sous la présidence de Monseigneur Kervennic, évêque de Saint Brieuc et Tréguier, cette cérémonie, qui avait attiré une nombreuse assistance, était honorée de la présence de plusieurs personnalités religieuses et civiles parmi lesquelles : M. l’abbé Le Colleter, curé-doyen de Dinan, M. l’abbé Quéro et M. Le chanoine Talva, anciens recteurs de Saint Solen, M. René Benoît, Maire et conseiller général de Dinan, M. Joseph Brasset, Maire de Lanvallay, M. Lucien Rocaboy, Maire-délégué de Tressaint, les adjoints et conseillers municipaux dont Mme Abgrall de Saint  Solen.

Il revenait en cette circonstance à M. Henri Lavoué, Maire-délégué, d’accueillir le chef du diocèse. Après avoir souhaité la bienvenue dans la commune à Mgr Kervennic et salué les participants, M. Lavoué fit l’historique de la construction de l’église, mettant en relief les difficultés matérielles de la réalisation ; notamment au point de vue financier ; mais aussi l’esprit de coopération et l’idéal qui animaient tous les acteurs. Transposant ensuite son propos sur le plan de l’actualité, il dégagea la leçon que, dans l’ordre moral, semblait lui comporter cette entreprise édifiante.



Nous reproduisons ci-dessous l’essentiel de son discours.

"Avec votre permission, Mgr, j’aimerais, en quelques mots, rappeler les étapes de cette construction car on ne célèbre pas un centenaire sans un retour en pensée au siècle passé. Je ne dirai pas toutes les doléances présentées depuis 1870 par la Fabrique au Conseil Municipal toutes les suppliques adressées au Conseil Général et au Gouvernement pour obtenir des « secours » comme on disait ; je ne décrirai pas tous les projets successifs allant de la simple restauration de l’église ancienne à son agrandissement. Mais je noterai l’installation de M. Amédée de Ferron comme maire en 1875, et celle de l’abbé Reland comme recteur en 1876. Ils furent, l’un et l’autre, les deux chevilles ouvrières de la construction d’une église entièrement nouvelle. Les plans en furent réalisés à leur demande par Mr Aubry, architecte à Dinan, qui les conçut dans le style ogival du XIIIème siècle, le siècle par excellence des cathédrales. C’étaient des plans ambitieux, voire audacieux, en égard à la modicité des ressources dont on disposait, et le gros problème fut celui du financement. La fabrique ne possédait qu’un modeste fonds de roulement, le Conseil Municipal, un maigre budget d’investissement.

Aussi, tout le monde fut-il appelé à consentir des « sacrifices » selon le terme employé. La Municipalité vendit ses « communaux », des étendues de landes qui servaient au passage commun, les prêtres desservants et la fabrique organisèrent une souscription auprès d’une population constituée essentiellement de petits laboureurs et d’humbles ouvriers, ils recueillirent l’engagement des habitants d’accomplir des travaux bénévoles et d’effectuer des dons en nature. Enfin, le Gouvernement se laissa convaincre et alloua quelques subsides. Tous ces concours acquis au prix de forces démarches et difficultés, parfois de tracasseries administratives, on décida de procéder par tranches, la 1ère mise de fonds ne permettra de construire que la partie Est qui devait comprendre le chœur, le transept et une travée de la nef. Les travaux de démolition de l’ancienne église commencèrent le lundi 23 avril 1877, la partie Ouest étant conservée pour la célébration des offices. Le 28 avril, l’architecte trace les fondations ; le 1er mai débute les travaux de maçonnerie. La bénédiction de la 1ère pierre a lieu le 13 mai 1877.


Dès lors, les travaux vont bon train chacun y mettant tout son courage, tout son élan, pour tout dire… toute sa foi. Et c’est ainsi que l’on vit monter, monter ces hautes colonnades supportant les ogives de la voûte et dont le caractère religieux et moral tient au fait qu’elles invitent à élever le regard et par là même la pensée car de tout temps l’homme a voulu matérialiser par la pierre et dans la pierre l’intensité de ses sentiments et la chaleur de ses convictions. Mais l’entreprise était œuvre de longue haleine et ce n’est que le 29 septembre 1878 qu’une grand’messe peut être célébrée dans cette première partie reconstruite.

Il va falloir à ce stade faire une pause, et on en reste là pendant vingt mois. Il est nécessaire en effet de refaire ses forces, de trouver d’autres ressources. On a recours aux mêmes moyens : la vente des derniers « communaux », non sans réticences et oppositions, l’ouverture d’une seconde souscription qui s’étend au-delà de la paroisse, une nouvelle subvention du gouvernement. Les travaux reprennent le 16 mai 1880 pour la construction du reste de la nef d’abord, de la tour ensuite. Le 10 juillet 1881, l’édifice est enfin achevé, plus de quatre ans après sa mise en chantier. Mais la fin des travaux a dû être brusquée car ayant fait une nouvelle fois les comptes, on avait constaté que les crédits seraient insuffisants. Il fallu donc réviser et réduire le projet. C’est pourquoi, cette haute et imposante église de campagne est surmontée d’une massive tour cubique en lieu et place de l’élégante flèche qui devait culminer à 52 m, pour porter, plus haut encore vers le ciel, l’espérance de ces nouveaux bâtisseurs de cathédrales.

Ainsi, il en est parfois des rêves de pierre des hommes comme de leurs autres rêves : il arrive qu’eux aussi restent inachevés ou imparfaitement réalisés, les contraignantes contingences matérielles freinant l’accession à l’idéal. Il n’empêche que l’essentiel était là, sous la forme d’une solide et belle église, bien plantée sur ses 378m² d’assise, et en mesure d’accueillir le dimanche tous les paroissiens de St Solen et ceux des villages environnants. Faut-il, en vue d’apporter une modeste contribution à la résolution des problèmes de notre époque, voir un symbole dans la réalisation de cette œuvre menée à bien en dépit des obstacles rencontrés ? J’oserai tenter un rapprochement. Au siècle passé, les habitants de St solen, dans la diversité de leurs situations et de leurs opinions, mais tous corps de métiers confondus, et unis dans une même volonté et soutenus par une même foi, ont été affrontés à des réalités incontournables et qu’il leur a fallu surmonter pour aller de l’avant. Au prix de sacrifices méritoires et d’une longue patience, ils sont parvenus à leurs fins : ils ont élevé cette église.

De nos jours, leurs descendants que nous sommes vivent dans un monde qui connaît, sur un plan plus général, des difficultés particulièrement graves liées à un fléchissement certain du sens moral. Attisées par les fanatismes, l’esprit de domination, sévissent la guerre, la torture et d’autres cruautés de l’homme à l’encontre de ses semblables ; engendrées par l’égoïsme, la propension à la facilité, se développent toutes sortes de calamités dans l’ordre individuel, social, économique. Elles sont les pesantes réalités d’aujourd’hui. Pourtant il existe différents courants de pensée qui s’efforcent d’y porter remède mais dont la compétition tourne parfois à l’affrontement alors que la plupart des idéologies prennent leurs sources dans des valeurs morales qui constituent le fonds commun de la civilisation. Ces fléaux ayant atteint un tel degré de nocivité il n’est pas trop de toutes les forces saines pour parvenir à les juguler. Que chacun contribue donc, dans sa sphère, à préparer le rassemblement de ces forces morales et alors, même si nous ne pouvons du premier jet, atteindre les sommets espérés, peut-être réussirons-nous, l’exemple de nos aïeux, à bâtir par degrés l’édifice où, ensemble, dans le respect mutuel de nos convictions, il fera bon jouir de la paix promise aux hommes de bonne volonté."
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